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La construction en bois hors-site a le vent en poupe

Pour améliorer son bilan carbone, le bâtiment explore de nouvelles pistes constructives. La construction hors site de murs bois ou de modules, séduit de plus en plus les opérateurs. Coup sur coup, deux usines dédiées à ce procédé viennent d’être inaugurées à Rennes, l’une par le promoteur nantais Réalités, et l’autre par le constructeur de maisons individuelles finistérien Trécobat.

 

En croissance de près de 30% par an au niveau mondial, la construction « hors-site », en usine, offre une alternative intéressante aux chantiers traditionnels, en permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en standardisant les techniques tout en favorisant les conditions de travail. Un atout lorsque l’on sait que le bâtiment représente 23% des émissions de GES au niveau français.

Solutions modulaires

Le hors-site est au bâtiment ce que la ligne de production est à l’automobile. Dans les deux cas, en effet, on retrouve l’idée d’une standardisation poussée, une automatisation des process et une logique d’ensemblier. La comparaison ne s’arrête pas là. Il est désormais possible de construire des maisons ou des immeubles de manière modulaire, à partir d’éléments produits en série en usine. Et lorsque le matériau choisi permet de réduire le bilan carbone des opérations, on comprend que le sujet fasse bouger les lignes. C’est la voie que deux promoteurs régionaux viennent de choisir, en se dotant d’outils industriels flambant neufs dans la région rennaise, pour développer la construction bois.

Les murs bois intègrent les huisseries en usine (©Trécobat)

120 maisons en 2023

Ainsi, le groupe d’origine finistérienne Trécobat (166 millions d’euros de chiffre d’affaires et 520 salariés) inaugure ce 22 juin son usine Murébois 35, à l’Hermitage, sur un site de 5.000 m2, moyennant un investissement d’1,5 million d’euros. Objectif : produire 60.000 m2 de murs à ossature bois enduits sur panneaux de fibres de bois destinés notamment aux maisons commercialisées sous la marque Trécobat Green. 120 maisons devraient ainsi sortir des lignes cette année. Soit 10% de la capacité totale du groupe. Trécobat a fait ses calculs : avec un gain en émissions de CO2 de l’ordre de 10% par rapport à la construction traditionnelle en parpaings, ce système constructif permet une réduction de 6 à 10 tonnes de CO2 par maison. « Dans le cadre de sa stratégie RSE, le groupe a pris l’engagement de réduire de 30% son empreinte carbone d’ici à 2030, et nous visons la neutralité carbone en 2050 », confie Régis Croguennoc, directeur technique et systèmes d’information de Trécobat, en insistant sur le lien fort entre construction hors site et digitalisation de l’entreprise. Le groupe finistérien n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il possède déjà une usine similaire à Lannilis, et les deux sites seront appelés à travailler en étroite collaboration. Outre les maisons individuelles, son cœur de métier depuis cinquante ans, Trécobat investit également de nouveaux secteurs grâce à ce système constructif innovant, comme les maisons et résidences de santé avec son partenaire Office Santé, le logement social, notamment via des accords-cadres conclus avec six bailleurs sociaux en Bretagne, ou des résidences séniors (programme Ty Cocon), avec le soutien du Crédit Agricole. Le site rennais de Murébois emploie actuellement 17 collaborateurs, et une douzaine d’embauches est prévue d’ici à la fin de l’année.

« Il est toujours possible de personnaliser les bâtiments livrés. On a un module, auquel on ajoute des bottes et un chapeau! »

Christian Choppéris, Aiguillon Construction

11.000 m2 à la Janais

Cette conviction que le marché de la construction hors-site est en pleine croissance est partagée par le promoteur nantais Réalités. Il a lui aussi inauguré en grande pompe il y a quelques semaines son nouvel outil industriel sur le site de la Janais, à Chartres-de-Bretagne près de Rennes, dans une usine de 11.000 m2 autrefois dévolue à la construction automobile, moyennant un investissement de 5 millions d’euros. Sa nouvelle filiale, Mayers, qui prévoit de réaliser une levée de fonds de 10 millions d’euros cette année, voit grand : elle ambitionne de livrer « 33 opérations en 2023, soit 1910 logements », indique le groupe. Jouant à fond la carte du modulaire, elle va notamment livrer un ensemble de 520 logements étudiants en 2024. La résidence, entièrement en bois et baptisée Constellation, sera implantée sur le campus de Rennes School of Business.

Les grandes manœuvres de la construction bois sont donc clairement lancées. Et bonne nouvelle, standardisation industrielle ne rime pas forcément avec pauvreté architecturale. « Il est toujours possible de personnaliser les bâtiments livrés. On a un module, auquel on ajoute des bottes et un chapeau ! », résume avec le sens de formule Christian Choppéris, le directeur du service promotion d’Aiguillon Construction, qui travaille avec Trécobat sur un programme de logements intermédiaires de centre-bourg.

Usine Mayers à Rennes La Janais (©Réalités)
Vue d'artiste de la future résidente étudiante Constellation, à Rennes (©Réalités)