Infos Solidarités

Publié le 

À Saint-Malo, l’internat du lycée accueille les saisonniers

Face à la pénurie de logements pour les travailleurs saisonniers en période estivale, la Région Bretagne étend son dispositif d’ouverture des lycées publics pour la deuxième année consécutive. À Saint-Malo, le lycée maritime Florence Arthaud met ainsi à disposition 27 chambres de son internat. 

Ils sont plus de 2.500 travailleurs saisonniers à converger vers la cité corsaire durant la période estivale. Mais le manque de logements à coûts abordables complique le recrutement. D’où l’idée, portée par la région, avec l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de mobiliser les solutions d’hébergement vacantes, dans les internats des lycées. 200 lits sont proposés cette année en Bretagne.

Hébergement temporaire

Leïla a retrouvé la sérénité en même temps qu’un logement. À 60 ans, cette petite femme dynamique vient de poser son sac à Saint-Malo, dans une chambre de l’internat du lycée maritime Florence-Arthaud. Cet établissement fait en effet partie du dispositif porté par la Région Bretagne, plusieurs collectivités territoriales, dont Saint-Malo, et l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) pour répondre au besoin criant de logement pour les travailleurs saisonniers en Bretagne. Une véritable aubaine pour cette aide-soignante qui a quitté la région parisienne pour un nouveau projet de vie dans la cité corsaire. « Je viens de signer un CDI à l’Ehpad Aolys la Fontaine, qui se trouve à un quart d’heure à pied du lycée. Mais je n’avais aucune solution d’hébergement, tant le marché local est tendu à cause des locations touristiques et des Airbnb », souligne Leïla. Elle a entendu parler du dispositif breton par la responsable de la Bagagerie, une association de Clichy-la Garenne, et tout est alors allé très vite pour elle. « Rendez-vous compte que la directrice d’Aolys, Madame Prunier, est venue m’accueillir à la gare ! », raconte avec émotion Leïla. Au lycée depuis le 8 juillet, elle occupe seule une chambrée de quatre personnes, pour un loyer de 12 euros TTC par jour (ménage et gardiennage compris), soit 288 euros jusqu’au 23 août. Un hébergement temporaire bienvenu pour prendre ses marques dans sa nouvelle ville. Leïla a déjà des contacts pour trouver un appartement après l’été, mais on la sent rassurée de pouvoir débuter sa nouvelle vie professionnelle avec un toit sur la tête.

Les élus locaux et régionaux et les responsables du lycée maritime Florence Arthaud de Saint-malo lors de la présentation du dispositif d'ouverture de l'internat aux saisonniers (©X.Debontride)

Alternative au camping

Constance Deniau, elle, a embarqué pour la saison sur les vedettes de la Compagnie Corsaire, en tant que matelot. Elle aussi souhaitait se loger au plus près de son employeur. « J’ai d’abord cherché une location sur Leboncoin, et c’est un des propriétaires contactés qui m’a dit que ce serait compliqué, mais qui m’a parlé de l’ouverture de certains lycées pour les travailleurs saisonniers, dont celui de Dinard », raconte la jeune femme, en escale dans le port de Dinan. En 2022 en effet, le lycée hôtelier de Dinard avait servi de test grandeur nature pour cette première expérimentation. Constance a alors appelé la mairie de Dinard qui lui a appris qu’à Saint-Malo, l’internat du lycée Florence-Artaud ouvrait cet été les portes de son internat. Seul bémol, celui-ci n’accueille des saisonniers que du 7 juillet au 23 août, contraintes scolaires obligent. « J’ai dû aller au camping avant cette date, et je sais que j’y retournerai sans doute un mois jusqu’à la fin de mon contrat, fin septembre », déplore la jeune rennaise.

Loyer très attractif

Ces deux témoignages illustrent bien les difficultés rencontrées par celles et ceux qui cherchent à se loger pour travailler durant les mois d’été en Bretagne. Les chiffres officiels en attestent : Pôle Emploi estime à 50.000 le nombre d’emplois saisonniers proposés chaque été dans la région. Rien qu’à Saint-Malo, ce sont 2.500 saisonniers qui convergent vers la cité pour faire tourner l’économie touristique. Avec la mobilisation des 27 chambres de son internat, le lycée Florence-Artaud ne règle évidemment pas à lui seul le problème. Mais alors que le dispositif était officiellement présenté à la presse ce 10 juillet, il ne fait pas encore le plein. Le loyer est évidemment particulièrement attractif, à partir de 5 euros la nuit en colocation, jusqu’à 14 euros en chambre individuelle, avec accès à des espaces communs, dont un foyer-cafeteria dans ce lycée moderne livré en 2015. « Il reste des places, tous les secteurs d’activités, pas seulement ceux de l’hôtellerie restauration sont éligibles, et les séjours de plus de trois semaines sont privilégiés », souligne Fanny Chappé, conseillère régionale déléguée au logement. « Cette initiative prouve que là aussi, coopération et mutualisation fonctionnent lorsqu’il s’agit de trouver des solutions. Les espaces vacants doivent être mieux utilisés », renchérit sa collègue Carole Le Bechec, en charge des transitions.

«Il s’agit de favoriser l’insertion des professionnels dans l’écosystème local »

Oscar Legendre, président de l’Umih Côte d’Émeraude

200 lits disponibles

La Région Bretagne qui est propriétaire des lycées, avait testé cette solution en 2022 dans deux établissements, le lycée hôtelier de Dinard et le lycée Henri-Avril de Lamballe, avec pour objectif d’étendre le dispositif cette année. Cet été, ce sont au total plus de 200 lits, soit le double de l’an dernier, qui sont mis à disposition des saisonniers dans 4 lycées de Bretagne Nord, l’internat de Ker Siam à Dinan ayant également ouvert ses portes, tandis que les deux établissements pilotes ont souhaité renouveler l’opération après une première expérience concluante.

Cette initiation originale bénéficie du soutien financier de la collectivité locale concernée. À Saint-Malo, le maire Gilles Lurton a fait ses comptes et estime que l’opération coûtera aux finances locales « entre 35 et 40.000 euros », en fonction du taux d’occupation du lycée. Il a, comme ses homologues, conclu une convention tripartite avec la région et l’Umih Côte d’Émeraude, pour fixer les conditions d’occupation et la contribution de la collectivité, pour la prise en charge des coûts de fonctionnement des bâtiments mis à disposition durant la période estivale (fluides, entretien, surveillance et gestion locative).

Favoriser l’insertion

« Nous sommes un département pilote au niveau national, avec cet accueil des saisonniers dans les lycées. Nous développons par ailleurs des solutions d’hébergement plus longues, à l’année, avec des propriétaires privés, à qui l’on garantit la totalité des loyers. Il s’agit de favoriser l’insertion des professionnels dans l’écosystème local », précise de son côté Oscar Legendre, président de l’Umih Côte d’Émeraude. Et les marges de manœuvre sont réelles, puisque sur les 115 lycées publics bretons, 85 disposent d’un internat, soit 12.000 lits recensés. Toutefois, précise la Région Bretagne, « tous ne sont pas localisés ou configurés pour l’hébergement de travailleurs saisonniers ». En toute logique, le dispositif devrait s’ouvrir à de nouveaux établissements, notamment dans le sud et en Centre-Bretagne, dès l’été 2024. De quoi redonner le sourire à d’autres Leïla l’année prochaine.

Xavier DEBONTRIDE